Portrait du jour où j’ai travaillé dans le hall d’un boutique-hôtel parisien qui porte le prénom de ma fille et les codes d’un hôtel de charme. On s’attend à croiser des touristes des quatre coins du monde, des travailleurs de passage, des familles, des amoureux de Paris, des vies qui se croisent, des gens quoi. Et j’y ai vu ce couple. Des jeunes sexagénaires qui portaient leur vie en quelques sacs de voyage, une guitare sous le bras et la maison de leur chat. Un couple sans toit. J’ai eu le temps d’entendre leurs difficultés, chômage, problèmes d’héritage et famille disloquée. Un couple, qui le temps de quelques jours semblait avoir mené la belle vie à Paris. Qui n’aurait pas envie d’oublier ? Qui de nous n’a jamais fait « comme si de rien n’était » ? J’ai assisté à cette scène où ils annonçaient à la réception qu’ils étaient désolés mais qu’ils ne pourraient pas régler leur séjour. Enfin pas aujourd’hui, mais promis dans quelques jours. J’ai assisté à cette scène où le réceptionniste démuni a appelé sa supérieure, où la supérieure a demandé l’aide de sa directrice. Et puis de papiers d’identité en discussions sans solutions, l’hôtel a appelé la police. Ils sont arrivés en dizaine. Armes et gilet sur le cœur. Et le cœur en ouvrage. Oui j’ai été surprise que ces femmes et ces hommes de protection, avant d’accabler, essaient de comprendre la situation. J’ai vu le couple s’incriminer, se reprocher l’un l’autre la folie de ces nuits parisiennes. J’ai vu la retenue du personnel de l’hôtel. Et ces policiers conciliateurs. En conclusion, une reconnaissance de dette avec la promesse de revenir cette fois pour payer, non pas pour dormir.

J’ai travaillé dans le hall d’un boutique hôtel et j’ai aperçu là où je ne m’y attendais pas la précarité et la galère qui va de pair. J’ai vu des vies qui se croisent, des allers excités dans les rues de Paris, des retours fourbus dans des chambres cosy, et ce couple. Ce couple sans toit. Qui s’est offert l’illusion d’en avoir un. On le conçoit si bien…