Je ne commettrai pas pire désastre que notre création. La voie du sarcasme absolu est donc libre, il ne risque plus rien. Surtout pas de faire entendre sa propre voix.

San-Nom martèle du tac au tac ses mots, ses idées, ses pensées. Crachés en rimes déboulées les unes après les autres, une, deux, trois syllabes, trainées de ricochets. Ta ta ta, à peine le temps de reprendre son souffle, il fait aussi agilement rebondir la mélodie le petit génie. San-Nom dégomme sans frontière avec un timbre séduisant. Celui de son oreille musicienne auto-construite avec le temps. Il est comme cela, solitaire et passionné. A trois ans, il écoute Renaud, prend l’humour pour langage comptant et se part d’un bandana rouge, effronté. Il est perché ce fils de gens sans histoire, reclus dans les combles de la maison familiale, à l’abri du monde, derrière son mur de sons. Sa première écoute classique, il la déteste, alors il la décortique pour la comprendre et s’enfile des intégrales d’impromptus. Touché, confus. Il aime le classique. Et un à un, tous les genres auxquels il frotte les cordes de sa guitare. En fait, il aime la Musique : Henri Dès, Gainsbourg, Pink Floyd n’ont rien à voir, il n’est pas éclectique par hasard.

L’école l’ennuie. Heureusement qu’il lit, qu’il entend, qu’il fredonne et qu’il écrit, les clés pour collectionner les années et toper une mention, pied de nez à l’institution. Révélation : San-Nom sort de sa taverne et décide de brouiller les idées noires pour un avenir lumineux. Fini de cloner son look dans le regard de ses errances musicales. Le déclic est un électrochoc. Un concert de Joke. Son frère l’a traîné, il a aimé ces paroles libérées et ces gens qui sautent la joie ! La veille, le rap, il ne comprenait pas. Mais il fait ce qu’il sait faire ; reprendre aux prémisses et dresser l’inventaire. De NTM à aujourd’hui. Le début d’une nouvelle vie. Il annonce à sa mère deux ans de liberté pour percer. Une folie bien pensée. Il a choisi d’être heureux et le bonheur choisit ceux qui le nomment. Les premières parties, backées par son frangin, engendrent les rencontres hors normes. Il a la chance à ses trousses. Pas l’ombre d’un doute. Et comme il tient ses promesses et le bout de son engagement, il signe à 20 ans, un plein-temps ; vivre de musique.

Un quotidien pour penser un disque. San-Nom construit le déroulé cohérent de son histoire. Un début noir à l’humour cinglant, tout de rouge vêtu, énervé des uns et de tous les autres, révolté de son temps. Le cocktail du rap qui frappe : flinguer le monde en rimes, jurer un peu, caser du sexe dans le texte. Provoquer sans complexe, rire de tout. (Prise de recul – Interlude). Puis une deuxième partie où l’artiste jusque-là tapi derrière, se laisse aller à découvert, en admettant qu’il n’est pas mieux que son inventaire. Il voit rouge, là-dessus rien ne bouge. Simple démonstration : les gens qui parlent sont cons. Il parle. Lui aussi est un con.

Mais personne n’y peut rien, c’est la faute à l’être humain. FIN. Il n’y a plus rien fredonne-t-il de Léo Ferré… Et pourtant, en moyenne 3,5 minutes sur 12 tracks, ce n’est pas rien. San-Nom exprime, érudit et à double sens, la finesse embusquée.

Avec insolence. « C’est bien fait pour ta gueule », un premier single à son image, du déballage, un pessimisme jusqu’au-boutiste, beaucoup d’autodérision. Il le dit lui-même, c’est un petit con. Il s’appelle San-Nom.

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