LES INNOCENTS par HUMANOSCOPE

Il émane de 6 ½, le nouvel album des Innocents, un sentiment de lâcher-prise. Jean-Christophe Urbain et Jean-Philippe Nataf prennent chacun leur place. Un équilibre nourri par la douce énergie de leur histoire. 6 ½, un album assumé.

Depuis Mandarine et la récompense des Victoires en 2015, la quatrième de leur carrière, la tournée a été longue et belle. Deux ans et de multiples dates. Toujours une valise dans le couloir. Les Innocents découvrent la scène à deux. Et comme un boomerang, un public au rendez-vous dès les premières notes des anciens tubes. Alors, ils brisent les verrous de l’inconnu, accordent leurs guitares, font entendre leurs nouveautés et se laissent aller avec simplicité, au plaisir de la scène.

Ensemble, il y a de la magie à se surprendre, à créer quelque chose d’unique. Une musique qui leur ressemble, une pop qu’ils aiment. La balade n’a pas de fin, chaque album a l’ambition de faire mieux que le précédent. Mandarine est né couvert d’un manteau, comme pour se protéger des intempéries. Pour 6 ½, les Innocents se sont libérés de la pression du come-back, ont ouvert les fenêtres de la chambre de leurs retrouvailles. Vers un extérieur aux parfums d’été.

Leur carburant : ces rêves qu’ils partagent en pagaille. Cette envie toujours plus grande d’offrir de belles chansons, celles qui marquent les foules, celles qui colorent leur parcours depuis plus de vingt ans. Accompagnés de Dominique Ledudal, réalisateur, ami et complice, ils ont quitté leur quotidien, Paris. Trois semaines studieuses entre les murs du mythique studio ICP à Bruxelles. Là où leur premier album a été enregistré. Jean-Chri et J.P. sont arrivés cette fois, chacun avec des titres. Dominique, indispensable présence, les aide à choisir, à donner un ton à ce nouvel album, à lier la musique et les caractères.

Un duo à cœur ouvert, des textes planqués sous des accords pop. Jean-Christophe Urbain se dévoile, aussi impudique que sa pudeur l’admette. Et raconte ce plaisir qu’il a pris à écrire, à aimer « faire », à savourer cette chance de créer. J.P. Nataf surfe sur cette énergie libérée et à son tour déborde d’idées, dans cette urgence qui lui appartient, son exigence de faire « bien ». Heureux, simplement heureux de réaliser le rêve de ses 15 ans. Vivre de musique.

Et partager des émotions. Comme dans Apaches et cette poursuite du fantôme de l’amour qui obsède toute une vie et en rythme la cadence. Partager aussi de folles envies, « on voudrait s’adorer, savourer dans les Cascades ». Vivre de musique pour convertir des souvenirs : Opale est une réminiscence de ce lieu attractif où l’on revient toujours s’accorder, se ressourcer. Mon Homme, parle du père absent et de cet héritage dilué au quotidien de l’instant. Des souvenirs qui voyagent vers les Iles dAmnésie ou jusqu’Au bord de lEtna et « risquer de rester là ».

Un sixième album et demi. Brut de matières premières. On l’imagine joué dans une maison de famille baignée de lumière, au vieux parquet solide, égratigné par le temps. Un album porté par ses précédents, fort de quatre mains instrumentales, d’une double plume artistique.

Les Innos pour de vrai, intimes et cohérents et cette jolie perspective de dix titres à fredonner.

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